Actus de l'ESAM

Qu’est-ce que la Finance Verte ?

21|02
2020

Amine Doghri, nous présente ce qu’est la Finance Verte et son impact dans un monde en pleine révolution écologique.

Si on recherche des citations en ligne qui touchent à la finance, une grande partie des résultats qui sortiront sont des citations négatives. Il y a les requins de la finance, la finance en tant que responsable des crises… La finance apparaît comme l’ennemie de l’économie. Malgré tout, si la finance n’existait pas, nous n’aurions pas d’économie : avec la disparition de la finance, il y aurait aussi la disparition du commerce, de la création de richesse, des assurances…

Certes, il n’y aurait plus de crise « financière » mais d’un autre côté, le monde entier serait tellement au moyen-âge qu’une crise n’aurait aucun impact. Cela ne veut pas dire que tout est parfait dans la finance, puisqu’elle doit s’adapter aux problématiques de son époque. Aujourd’hui, la problématique la plus constante, et ce, depuis des années, est l’environnement. La finance verte vise à réconcilier la création de richesses avec la préservation de la planète : c’est une finance qui se veut plus responsable.

L’objectif de la finance verte est d’orienter les investissements vers des domaines plus respectueux de la planète et notamment pour endiguer le réchauffement climatique. Cela veut donc dire qu’il ne faut surtout pas, dans ce contexte, investir dans des activités polluantes. Dans ce cadre-là, les profits ne sont plus la priorité absolue, de nouveaux indicateurs clés acquièrent une importance capitale : la RSE, l’empreinte carbone, impact sociétal …

Evidemment, aujourd’hui nous sommes encore à un stade primitif de la finance verte, ou la finance responsable. Cela étant, cette finance progresse à grands pas. Ainsi, en 2018, nous enregistrions une croissance des flux financiers en faveur de la sauvegarde du climat de 25%, dépassant ainsi le volume des 500 milliards de $ dans le monde. Cela peut paraître énorme à notre échelle, mais encore loin des volumes nécessaires estimés pour atteindre les objectifs des accords de Paris (premiers accords universels sur le réchauffement climatique, instigué par Nicolas HULOT), qui sont de l’ordre de 1500 milliards de $. Pire encore, les investissements dans les nouveaux projets qui dépendent des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) ne ralentissent pas, ce qui contrebalance tous les objectifs de la finance verte. Tout n’est pas inquiétant non plus, puisque le marché des obligations vertes, lui, croît à une vitesse hallucinante. Ainsi, aujourd’hui, les obligations vertes en circulations représentent environ 640 milliards de $ et Bloomberg estime qu’à l’horizon de juin 2021, le marché dépassera 1000 milliards de $.

Dans ce cas, pourquoi la finance ne s’est intéressée aux problématiques environnementales que récemment alors que le sommet de Kyoto date déjà de 1997 et ce n’était même pas le premier sommet environnemental ? La réponse semble simple : contrairement aux industries qui doivent observer des normes et des directives liées à l’environnement, la finance n’a pas de lien direct avec le climat ou le développement durable. Ce manque de lien direct fait qu’il n’y a donc pas de consensus sur les indicateurs qui permettent de mesurer la performance de la finance verte, ou même ses objectifs. Prenons l’exemple d’une banque, quelle qu’elle soit : on ne sait pas encore comment elle peut s’inscrire dans le contexte de la finance verte sans perdre trop de potentiels revenus. Ainsi, les leviers sont présents, tels qu’encourager les prêts à finalité responsable tels que les prêts aux start-ups qui innovent dans le domaine environnemental, ou encore, inciter un comportement responsable, voire même refuser de prêter aux entreprises polluantes sachant que ces entreprises continuent à enregistrer des profits.

La finance verte n’arrivera pas à sauvegarder l’environnement toute seule, ce n’est qu’une pièce du puzzle, importante certes, qui doit être conjuguée avec des discussions politiques, des lois, énormément d’innovations dans le domaine et une évolution des mentalités dans le grand public. L’espoir subsiste donc, et il est plus grand que jamais mais il reste un grand travail qui doit être mené à tous les niveaux. Le mouvement est donc enclenché, et nous y arriverons petit à petit.

 

Amine DOGHRI

Professeur à l’école ESAM